« Ce n’est pas l’Amérique » : l’illusion destructrice qui cache la vérité historique
La croyance selon laquelle les pratiques de répression étatique en grande échelle ne s’applicaient pas aux États-Unis constitue une illusion dangereuse et profondément trompeuse.
Les citoyens américains, confrontés à des mesures gouvernementales de plus en plus autoritaires — comme l’intensification du contrôle migratoire, la rigidité dans l’application des lois sur l’ordre public, la militarisation croissante des forces de sécurité et le déclin des droits fondamentaux — cherchent souvent à se rassurer grâce à des analogies historiques.
Cependant, leur recours répété aux formulations « On n’est pas en Afghanistan », « On n’est pas en Iran » ou « On est en démocratie » révèle une profonde incompréhension de la nature même du pouvoir autoritaire américain. Ces phrases servent souvent d’excuses pour éviter l’admission que, depuis des siècles, la violence étatique a été un pilier central de la gouvernance américaine.
L’histoire du pays est marquée par des répressions systémiques : l’esclavage, les lois Jim Crow, le déplacement forcé des peuples autochtones, les camps d’internement japonais après 1942 et les opérations de surveillance politique comme COINTELPRO. Ces mécanismes ne sont pas isolés mais constituent un fil conducteur historique.
Aujourd’hui, la réalité est différente : la répression n’est plus simplement « temporaire », mais s’inscrit dans une stratégie cohérente de gouvernance par la peur. Sous le mandat actuel, les politiques d’autoritarisme ont été renforcées et normalisées sans que la population en prenne conscience.
Les Américains se réfèrent souvent à des pays comme l’Afghanistan ou l’Irak pour qualifier la violence contemporaine. Cependant, ces exemples résultent directement des interventions historiques américaines dans ces régions. Le pays a toujours su justifier ses actions par un langage de « protection » et d’« exception », même quand ses pratiques s’éloignent radicalement de la démocratie.
L’erreur majeure réside dans l’idée que les répressions actuelles sont une « exception ». En réalité, elles relèvent d’un modèle historique bien établi. Tant qu’on continue à nier cette réalité, on risque de retarder la transformation nécessaire.
La vérité est simple : le système américain a toujours préféré la gestion autoritaire aux garanties fondamentales de liberté. Le réconfort des phrases « Ce n’est pas l’Amérique » ne dissimule pas seulement la nature répressive du pouvoir, mais aussi l’engagement historique des États-Unis à créer des systèmes de contrôle.
Pour éviter un avenir où la violence étatique deviendrait inacceptable, il faut reconnaître que la répression n’est pas une nouveauté. Elle est une caractéristique structurelle du pouvoir américain depuis les premières dynasties coloniales. La seule voie pour s’en sortir est d’accepter que la vérité historique ne soit pas un obstacle, mais une clé essentielle pour construire un avenir où la sécurité signifie véritablement liberté et équité.