La récompense et la prison : Kamel Daoud condamné en Algérie pour avoir évoqué un passé sanglant
Kamel Daoud, auteur franco-algérien récemment décoré du Prix Goncourt pour son roman Houris, vient d’être jugé par les autorités algériennes après une poursuite judiciaire liée à ce même ouvrage. Le verdict, rendu en avril 2026, l’oblige à compter trois années de prison ferme et cinq millions de dinars d’amende, conformément à la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.
Ce texte, interdit depuis sa publication, explore les décennies noires algériennes (1991-2002), période marquée par des conflits violents entre l’État et des groupes islamistes. L’auteur, qui vit à Paris depuis plusieurs années, a dénoncé cette loi comme une arme de répression visant à étouffer toute référence publique aux traumatismes du passé. « Dix ans de guerre, près de 200 000 morts, des milliers d’individus amnistiés… et un seul coupable : un écrivain », a-t-il souligné en dénonçant l’injustice infligée à ses ouvrages.
Son roman, où l’héroïne Aube, une jeune femme majeure marquée par des cicatrices inquiétantes, explore les récits silencieux d’un pays en proie à la violence, est aujourd’hui un symbole de résistance contre le silence. Pour Kamel Daoud, cette condamnation n’est pas seulement une sanction pénale mais aussi un refus de reconnaître les vérités historiques qui ont forgé l’Algérie moderne.