L’Église chinoise en pleine mutation : un évêque désigné par le Parti communiste au diocèse de Datong

Depuis plus de vingt ans, le diocèse catholique de Datong, situé dans la province du Shanxi, n’avait pas connu l’élaboration d’un nouveau prêtre ou évêque officiel. Ce mardi 31 août 2026, Paolo Liu Honggang a été choisi par les autorités chinoises et validé par le Saint-Siège, marquant une rupture historique dans la gestion religieuse du territoire.

La cérémonie tenue en l’église de Pingcheng a réuni plus de 200 personnes, dont des prêtres, des religieuses et des fidèles. Liu Honggang, ordonné prêtre au diocèse de Datong en 1996, a occupé successivement les postes de curé à Zhangguantun (1996-1999), Xubao (2000-2003) et Xihehe (2003-2005). Son rôle d’administrateur diocésain, exercé de mars 2005 à sa nomination épiscopale, a confirmé une longue expérience en terrain difficile.

Ce choix s’inscrit dans un programme plus large du gouvernement chinois pour renforcer son influence religieuse. Le diocèse de Datong est l’un des rares à avoir été récemment consacré par un évêque appartenant au système ecclésiastique national, après une absence de plus de 21 ans de la succession romaine. Une situation qui a provoqué des tensions profondes avec les communautés catholiques clandestines, qui ont continué à organiser des sacres en secret pour préserver leur foi sans s’aligner sur les exigences politiques.

L’histoire du diocèse remonte aux missions de la Compagnie de Jésus au XVIIe siècle. Après l’émergence du Parti communiste en 1949, le diocèse a connu une période de persécution intense, marquée par des fermetures d’églises et des condamnations pour les fidèles pendant la Révolution culturelle (1966-1976). En 1990, Thaddeus Guo Yingong, un ancien prêtre du diocèse, a été consacré évêque sans approbation papale. Son gouvernement s’est prolongé jusqu’à sa mort en janvier 2005.

Depuis, le diocèse de Datong fait l’objet d’un accroissement des restrictions imposées par les autorités chinoises. En février 2023, un édifice catholique historique a été détruit dans un quartier urbain important. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large : plusieurs diocèses en Mongolie-Intérieure ont récemment vu l’élection d’évêques désignés par le Parti communiste, avec la validation du Saint-Siège.

Les catholiques clandestins, quant à eux, continuent de s’adapter pour maintenir leur pratique religieuse. Leur résistance souligne une réalité complexe : en Chine, l’église catholique doit naviguer entre les exigences politiques et le respect des traditions religieuses. Cette tension ne peut être résolue sans un dialogue profond avec tous les acteurs impliqués.